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wa assalam aleykom

J'ai créé ce blog pour mettre un premier article, un rappel de bonne qualité sur le savoir vivre avec nos soeurs et frères converti(e)s, Je le complèterais inshaAllah par une série de textes de Tariq Ramadan, simples à lire et faciles à comprendre sur les principales notions de la religion musulmane.



Mardi 15 novembre 2005







Les principes sociaux

S'il est un domaine où le respect fondamental des principes précités exige une vigilance de tous les instants, c'est bien celui de la sphère sociale. A tous les niveaux, aussi bien sur le plan strictement cultuel (al 'ibadâte, ce qui a trait aux piliers de l'islam, au culte), que sur celui, plus large, de la vie quotidienne ; l'islam est porteur d'un enseignement entièrement dirigé vers la dimension communautaire et sociale. Au point que l'on peut dire qu'il n'y a pas de pratique réelle de la religion sans investissement personnel dans la communauté : la sérénité de notre solitude devant le Créateur ne peut être que si elle est nourrie par notre relation chaque jour renouvelée avec nos semblables. On comprend donc que s'il est une responsabilité qui pèse sur chaque individu devant Dieu ; il existe, par extension, une exigence déterminante adressée au groupe, à la société proprement dite : elle est le lieu au sein duquel se décide le destin de chacun de ses membres et, de fait, il est nécessaire que soient offertes à chacun les conditions optimales lui permettant de répondre à ses aspirations spirituelles et morales. Ce n'est pas peu dire.

La dimension sociale est fondamentale, sans l'ombre d'un doute, et c'est sur elle que reposent l'ensemble des références religieuses et culturelles : organiser l'espace social, c'est se donner les moyens de vivre son identité pleinement, sereinement. Toute réflexion sur un projet de société qui voudrait relever le défi de la "vie moderne", en Occident ou en Orient, doit, sans médiation, s'articuler autour de cet espace. A l'heure de la crise qui secoue aujourd'hui les Etats-Unis et l'Europe, on sent, à l'ombre des indicateurs du chômage, de l'exclusion, de la violence et de la xénophobie, qu'il devient urgent de repenser "le fait social". Et ce, en amont des préoccupations politiques ou économiques. Les pays asiatiques ne faillent pas non plus à cette règle, pas plus que les sociétés du Sud, toutes traditions confondues, pour qui l'avenir s'annonce bien sombre si rien ne vient "perturber" les dérives actuelles.

Il convient d'apporter des réponses concrètes et il ne suffira pas de présenter un projet de société théorique fondé sur des conceptions générales et, de surcroît, idéales pour inverser l'ordre des choses. S'en référer à l'islam, c'est décrire un horizon de foi, de pensée, de culture et de civilisation... ce n'est pas encore avoir élaboré les solutions. Si la formule "L'islam est la solution" est un slogan unificateur, il n'est qu'un slogan vide de toute stratégie et de toute planification. Oublier cela, c'est s'approcher d'un piège dans lequel plus d'un musulman est tombé en considérant qu'il suffit de citer les sources pour traduire la dimension de leur juste applicabilité en fonction du contexte actuel. L'histoire aurait dû nous apprendre pourtant qu'il est en tout cas deux façons de trahir l'enseignement offert par nos sources : tronquer le texte est la façon la plus courante... mais appliquer un texte hors de son contexte, hors de son orientation (qasd), est une trahison bien plus pernicieuse parce que, en apparence, tout porte à croire que l'on a respecté la lettre. Les aménagements islamiques de vitrine sont dangereux... dans leur superficialité, ils sont mensongers. Ce formalisme est l'un des pires ennemis de celui qui, en toute sincérité, veut respecter les enseignements coraniques et traditionnels : il permet de les appliquer comme l'on cite, sans grand effort de recherche, à peu de frais. Mais avec tant de dégâts.

Nous aurons ici à nous prémunir contre ce penchant. Mais il convient de ne pas tomber dans l'autre extrême qui consisterait à faire peu de cas des références et à attendre des musulmans - à tout le moins de ceux qui désirent rester fidèles aux orientations de la Révélation coranique - qu'ils traduisent un projet hors de toute finalité prédéterminée, hors de toute dimension religieuse et culturelle. Penser la modernité exige, somme toute, que nous présentions de façon claire quels sont les impératifs et les priorités des grandes orientations de l'action sociale. Ce cadre décrit, il nous sera possible de proposer des perpectives de recherche pour les problèmes contemporains.

par abd_el_jalil publié dans : islamblog
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Samedi 17 septembre 2005
                                                    





1. Le Créateur et la gérance

Le dogme de l'islam, c'est l'existence de Dieu, Unique et Créateur. Le principe qui en découle est que l'univers entier appartient à Dieu qui en est, par essence, le propriétaire. On trouve souvent répétée dans le Coran la formule :

"Ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre appartient à Dieu..."  Coran 2/284


C'est bien cette idée qui est traduite dans ces versets qui associent la propriété divine des cieux et de la terre, la dimension sacrée des êtres et des éléments de la création et, enfin, le rappel de la destinée des hommes :

"Ne vois-tu pas que ce qui se trouve dans les cieux et sur la terre et les oiseaux qui étendent leurs ailes célèbrent les louanges de Dieu ? Dieu connaît la prière et la louange de chacun d'entre eux. Dieu sait parfaitement ce qu'ils font.

La royauté des cieux et de la terre appartient à Dieu : le retour final sera vers Dieu.

Ne vois-tu pas que Dieu pousse les nuages, puis qu'Il les amoncelle pour en faire une masse ? Tu vois alors l'onde sortir de leur profondeur. Dieu fait descendre du ciel de la grêle (provenant) des nuages (comparables) à des montagnes. Il en frappe qui Il veut ; Il en préserve qui Il veut ; l'éclat de la foudre arrache presque la vue.

Dieu fait alterner la nuit et le jour. Il y a en cela un enseignement pour ceux qui sont doués de vue." Coran 24/41-44


Ainsi, une fois rappelée cette dimension, le croyant perçoit que l'ensemble de la création est sacrée et qu'il doit user des éléments avec respect et reconnaissance. Il n'est, comme le dit le Coran, qu'un gérant qui devra rendre compte de ses actes :

"C'est Lui qui a fait de vous ses gérants (lieutenants : khalâ if) sur la terre. Il a élevé certains d'entre vous au-dessus des autres pour vous éprouver en ce qu'Il vous a donné..."  Coran 6/165


Ainsi l'homme vit dans un univers dont tous les éléments sont des signes dès lors qu'il se souvient de Dieu. Les éléments sont sacrés dès lors qu'est convoquée la mémoire de la foi ; ils deviennent profanes par l'oubli et la négligence. C'est dire combien est grande la responsabilité de l'homme qui, en sus du dépôt de la foi, doit et devra rendre compte de sa gestion du monde. Tel est le sens de la parabole coranique :

"Oui, nous avions proposé le dépôt de la foi aux cieux, à la terre et aux montagnes. Ceux-ci ont refusé de s'en charger, ils en ont été effrayés. Seul, l'homme s'en est chargé, mais il est injuste et plein d'ignorance." Coran 33/72

L'homme est libre, certes, mais d'une liberté qui a ses exigences, au plein sens du mot.

2. La permission originelle

L'univers entier est l'œuvre de la volonté divine : dans l'absolu, cette œuvre est bonne et révèle le bien pour l'homme. La nature l'accueille et le naturel l'oriente. C'est une règle fondamentale en islam que d'affirmer la priorité de la permission - et donc de la liberté - dans notre rapport au monde et aux hommes. Cette permission originelle (al-ibâha al-asliya) doit se traduire par une compréhension particulière de notre être au monde : la liberté et l'innocence sont les états premiers de l'homme dans un monde ouvert ; plus intimement, dans un monde offert :

"C'est lui qui a créé pour vous tout ce qui est sur la terre..."  Coran 2/29

"Ne voyez-vous pas que Dieu a mis à votre service ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre ? Il a répandu sur vous des bienfaits apparents et cachés..." Coran 31/20


L'homme conçoit donc l'univers, dont il fait partie, comme un don et ses éléments comme des bienfaits offerts à sa présence, témoins de sa responsabilité. Le champ de l'interdit est bien restreint en comparaison de l'horizon des possibles : c'est ce que nous confirme la lecture du Coran et ce qu'a rappelé Muhammad à ses premiers compagnons :

"Ce que Dieu a rendu licite dans son Livre est certes licite ; ce qu'il a rendu illicite est illicite et ce à propos de quoi il s'est tû c'est une bonté de sa part : acceptez donc de Dieu sa bonté car Dieu ne peut avoir oublié une chose" puis il récita le verset du Coran : "...Et Dieu n'est pas de ceux qui oublient." (Coran 19/64)

et dans une autre tradition (hâdith) :

"Dieu a prescrit des devoirs, ne les négligez pas ; il a institué des limites, ne les outrepassez pas ; il a prohibé certaines choses, ne les transgressez pas. Il s'est tû au sujet de certaines choses, par bonté envers vous, non par oubli, ne cherchez pas à les connaître."

Adam et Eve, tous deux responsables d'une désobéissance au seul interdit exprimé par Dieu, seront pardonnés après leur acte et leur vie sur la terre sera une épreuve qui prend sa source dans l'innocence et son sens dans la responsabilité :

"Nous avons dit : "Ô Adam ! Habite avec ton épouse dans le jardin ; mangez de ses fruits comme vous le voudrez ; mais ne vous approchez pas de cet arbre, sinon vous seriez au nombre des injustes."

Le Démon les fit trébucher et il les chassa du lieu où ils se trouvaient. Nous avons dit : "Descendez, et vous serez ennemis les uns des autres. Vous trouverez sur la terre un lieu de séjour et de jouissance éphémère."

Adam reçut de son Seigneur des paroles ; puis Dieu accueillit son repentir. Dieu est, en vérité, celui qui revient sans cesse vers le pécheur repentant ; Il est Miséricordieux."  Coran 2/35-37


Dans ce lieu de séjour qu'est la terre, l'homme naît innocent et les Révélations successives viennent lui indiquer la voie (la sharî'a, au sens premier du terme) et spécifier des limites. Chacun, selon ses capacités, sera responsable de leur respect et chacun devra rendre compte de ses actions :

"Dieu n'impose à chaque homme que ce qu'il peut porter..." Coran 2/286


 
"...Nul ne portera le fardeau d'un autre..." Coran 17/15

Ainsi est la vie, et cette épreuve est le lot de tous les êtres humains depuis l'aube des temps :

"(Il) a créé la mort et la vie pour vous éprouver et connaître ainsi celui d'entre vous qui agit le mieux. Il est Tout-Puissant ; il est celui qui pardonne."  Coran 67/2


Sur le plan juridique, il s'ensuit une règle imposée dans la modalité de lecture du Coran et de la Sunna dès lors qu'il est stipulé que la permission est première : tout ce qui n'est pas clairement interdit par Dieu est permis de fait. L'interdiction agit autant comme une limitation que comme une orientation : par l'imposition de limites, le Créateur révèle à l'homme la dimension du sens et lui indique un horizon de valeurs dont le respect fondera son humanité, sa dignité. Or, les interdits, à les considérer dans leur ensemble, sont en nombre restreint : ce qu'il reste à l'homme de champ d'action et d'engagement est infiniment étendu. En ce sens, Yusuf al Qardâhoui a bien raison de préciser que la permission originelle ne recouvre pas seulement les éléments naturels, les viandes ou les boissons mais également les actions, les habitudes et les coutumes diverses et donc les affaires sociales dans leur ensemble. Tout est permis à l'exception de ce qui contredit une prescription stipulée et reconnue. La dignité de l'homme tient dans sa capacité à marier les deux attitudes : respecter les limites et relever le don de son humanité :

"Ce qui est licite est évident, comme est évident ce qui est illicite. Entre le licite et l'illicite, il est des choses (ou actions) qui suscitent le doute et que bien peu de gens connaissent. Celui qui se garde de ces choses (ou actions) préserve par là même sa religion et son honneur. Celui qui tombe dans les choses (ou actions) douteuses s'aventure en fait dans l'illicite. A l'exemple du berger dont les bêtes pâturent autour d'un enclos dans lequel elles risquent à tout moment d'entrer. Tout souverain possède un domaine réservé ; celui de Dieu est l'ensemble de ses interdictions. - Il est dans le corps un morceau de chair qui, s'il est sain, rend tout le corps sain ; mais s'il est corrompu, tout le corps se corrompt ; certes, il s'agit du cœur."

La conscience que l'univers est offert et que s'y dessinent les chemins du don, de la permission et de la confiance, doit être première. Il est en l'homme une nature qui est une bénédiction : elle lui permet d'atteindre une sérénité à la source du pardon de Dieu et de Son amour. Alors, doit agir la conscience des limites et ce, dans l'intime conviction de la responsabilité devant Dieu et non dans celle de la primauté de sa culpabilité.

3. Les droits de Dieu, la responsabilité des hommes

L'ensemble de la conception de l'homme qu'offre l'islam, de son rapport à l'univers et à autrui tient dans les trois fondements que nous venons de présenter : le principe de la propriété du Créateur, comme celui de la gérance, au sein duquel vient s'inscrire l'idée de la permission originelle, sont les substrats de la religion islamique. La "soumission", qui est la traduction littérale du mot "islam", c'est, à l'instant même où s'exprime la foi, la reconnaissance de cet ordre essentiel : se soumettre, c'est accepter la liberté en être humain responsable devant le Créateur ; c'est faire siennes les limites :

"...Telles sont les limites (frontières, lois) de Dieu, n'en approchez pas (ne les transgressez pas). C'est ainsi que Dieu explicite Ses signes aux humains. Peut-être Le craindront-ils." Coran 2/187


 
L'ordre de l'univers et la sacralité des éléments qu'il faut respecter, les limites qu'il ne faut pas transgresser sont, dans l'intimité du fidèle, les droits de Dieu sur l'ensemble de la création. En islam, cette intimité est marquée, dès l'origine et au-delà de toute appartenance à une religion spécifique, par la reconnaissance de la Transcendance. Qui fera le chemin vers l'origine trouvera en lui cette aspiration naturelle (al fitra) vers Dieu :

"Et quand Nous prîmes des reins d'Adam sa descendance et Nous la fîmes témoigner : "Ne suis-Je pas votre Seigneur ?", ils répondirent : "Certes oui, nous en témoignons !" Et ce afin que vous ne disiez pas au Jour du Jugement dernier : "Nous ne savions pas !""  Coran 7/172


Faire de sa vie et de sa liberté le témoignage quotidien de cette reconnaissance est la responsabilité de l'homme : sa façon, par la mémoire et le geste, de célébrer les louanges du Créateur de ce même chant que libère le battement des ailes de l'oiseau, la succession des jours et des nuits ou la graine, quand elle se fend en donnant la vie :

"Les sept cieux et la terre, et tout ce qui est en leur sein, célèbrent les louanges de Dieu. Il n'est pas une chose sur la terre qui ne célèbre Ses louanges mais vous ne comprenez pas leur chant. Dieu est certes doux et pardonneur."  Coran 17/44


 
"Dieu est le créateur de la graine et du noyau, il extrait le vivant du mort et il extrait le mort du vivant. Tel est Dieu ; pourquoi vous détournez-vous de Lui ?

Il fend le ciel à l'aube. Il a fait de la nuit un repos ; du soleil et de la lune, une mesure du temps. - Voilà le décret du Puissant, de celui qui sait !

C'est Lui qui, pour vous, a établi les étoiles afin que vous vous dirigiez d'après elles dans les ténèbres de la terre et de la mer. Nous exposons Nos signes aux hommes qui savent.

C'est Lui qui vous a fait naître d'une personne unique - réceptacle et dépôt - Nous exposons les Signes aux hommes qui comprennent." Coran 6/95-98


 
Dire que Dieu a des droits, c'est dire que l'essence de l'homme est d'être tout à la fois libre et responsable : clairement, il a la responsabilité - le devoir - de rendre compte de sa liberté. Cette formulation, en apparence paradoxale, traduit assez bien le sens de la vie humaine. Dieu a voulu l'ordre du monde tel qu'il est, il a décidé la diversité des couleurs et des religions : c'est l'expression de son droit. L'homme, libre, doit reconnaître cet ordre et respecter, en l'autre, le droit de Dieu. On le voit, les perspectives sont inversées : il n'est pas ici de tolérance que le croyant pourrait, par condescendance, avoir à l'endroit d'autrui. Le droit d'être est donné à tous et le devoir de chacun devant Dieu est de le reconnaître. Se donner le droit de tolérer, c'est transgresser une limite... c'est violer, dans l'intimité, le droit du Créateur :

"...A chacune (des religions du livre) Nous avons donné une voie et un enseignement. Si Dieu l'avait voulu, Il aurait fait de vous une seule communauté mais il en est ainsi afin de vous éprouver en ce qu'Il vous a donné. Rivalisez donc de bonté. Vers Dieu se fera votre retour à tous et Il vous informera alors de ce sur quoi vous étiez divisés." Coran 5/48

La différence des peuples et des nations, les spécificités de cultures, le particularisme des coutumes a été voulu par Dieu. C'est une richesse, mais c'est aussi une épreuve, tant il est difficile pour l'homme de concevoir et de vivre la différence sous tous ces aspects. Elle est un fait, elle est un défi. Le Coran nous indique ici que la meilleure façon de le relever, de faire face à cet aspect de la vie terrestre, est de rivaliser de bonté... dans tous nos actes, au creux de toutes nos pensées. Avec nos gestes, avec nos mots, avec notre cœur. Il n'y a pas à tolérer... il y a, en tout, devant tous, de tous les horizons et de toutes les couleurs, à témoigner de l'exigence de vérité, de bien et de justice
par abd_el_jalil publié dans : islamblog
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Mardi 26 juillet 2005


REFERENCES DE L’ISLAM

Le Coran et la sunna

Le Coran est pour les musulmans la parole de Dieu révélée par fragments au Prophète Muhammad (sws) par l'intermédiaire de l'ange Gabriel pendant les vingt-trois années de sa mission. En ce sens donc, le Coran représente pour eux une parole d'absolu qui donne et prend sens au-delà des événements et des contingences de l'histoire : et ce parce qu'elle est, pour les fidèles de l'islam, le dernier message révélé aux hommes par Dieu qui, auparavant, avait envoyé d'innombrables prophètes et messagers dont Noé, Abraham, Moïse et Jésus.

Le texte coranique est, avant toute chose, un rappel aux hommes pour qu'ils reviennent à la foi originelle en Dieu et qu'ils aient de fait le comportement moral qui convient. Plus d'un tiers du Coran est constitué par l'expression du "tawhîd" : la foi en l'unicité du Créateur qui n'engendre pas et n'a pas été engendré. On trouve également évoquées les histoires des Prophètes dont la narration traduit le fait de l'essence unique des messages et de leur continuité. Tous ces passages sont propres à donner naissance à la spiritualité qui doit accompagner le croyant : leur dimension absolue est en soi logique, et légitime.


De nombreux versets du Coran parlent de la création, de l'univers et d'autres insistent sur les modes de relations que les hommes doivent entretenir entre eux ou avec la nature. La Révélation traite en effet de toutes les sphères de l'activité humaine : de l'ordre économique, du projet social, de la représentativité politique. C'est cette spécificité qui, à première vue, fait problème, car si la parole de Dieu est absolue, une et définitive, cela revient à dire que ce qui a été écrit et recensé au VIIème siècle comme "parole de Dieu" est à appliquer tel quel à toutes les époques ultérieures. L'islam serait donc, par essence, fondamentaliste au sens où l'on comprend cette notion dans l'histoire du christianisme.

Pourtant, ni le Prophète (sws), ni ses compagnons, ni les premiers juristes ne l'ont entendu ainsi. Le Coran est descendu par fragments et les versets révélés étaient le plus souvent des réponses à des situations spécifiques auxquelles devait faire face la communauté des fidèles autour du Prophète (sws). C'est une réponse relative à l'événement historiquement daté : l'absolu révélé n'est pas dans la littéralité de la formulation, mais dans le principe général qui se dégage de ladite réponse. C'est ce qu'ont traduit les premiers juristes, après Abou Hanîfa et al-Shâfi'i, avec la notion de "maqâsed al sharî'a" : les objectifs, les principes d'orientation de la législation islamique.

Il s'agit là de la conceptualisation, après coup, de ce que Muhammad (sws) et ses compagnons comprenaient et appliquaient naturellement. Quand 'Omar, alors qu'il avait succédé à Abou Bakr à la tête de la communauté musulmane, décida, durant l'année dite de la famine, de suspendre l'application de la peine de la main coupée aux voleurs, il suivait très exactement le principe énoncé ci-dessus : maintenir l'application de cette peine aurait signifié une trahison de l'objectif de la Révélation qui seule est absolue (même si cela pouvait apparaître comme un manquement à la lettre du Coran)

Il se trouve dans le Coran à peu près 228 versets (sur 6 238) qui traitent de la législation générale (droit constitutionnel, code civil et pénal, relations internationales, ordre économique, etc.). Il est impossible, avec ce qui ne représente que 3% du Coran, de répondre aux besoins d'une quelconque société - cette insuffisance était apparue du temps même du Prophète (sws) - et les juristes ont très vite cherché à dégager les principes généraux, et absolus, qui se cachaient derrière les réponses spécifiques données aux habitants de la péninsule arabique au VIIème siècle.

Le Coran offre donc des principes directeurs, des principes d'orientation. Ces derniers sont, par essence, absolus puisque, pour le musulman, ils proviennent du Créateur qui indique à l'homme la voie (la sharî'a) à suivre pour respecter Ses injonctions. Ces principes sont la référence des juristes qui ont la responsabilité, en tout lieu et à toute époque, d'apporter des réponses en prise avec leur environnement sans trahir l'orientation première. Ainsi, il ne s'agit pas de refuser l'évolution des sociétés, le changement des modes et des mentalités, ou les diversités culturelles : bien au contraire, le musulman est mis en demeure de respecter l'ordre divin (qui a voulu le temps, l'histoire et la diversité) :

"Dieu fait sortir le vivant du mort ; Il fait sortir le mort du vivant. Il rend la vie à la terre quand elle est morte : ainsi vous fera-t-Il surgir de nouveau.

Parmi Ses signes : Il vous a créés de poussière, puis vous voici des hommes dispersés sur la terre.

Parmi Ses signes : Il a créé pour vous, tirées de vous, des épouses afin que vous reposiez auprès d'elles, et Il a établi l'amour et la bonté entre vous. Il y a vraiment là des signes pour un peuple qui réfléchit.

Parmi Ses signes : la création des cieux et de la terre ; la diversité de vos langues et de vos couleurs. Il y a là vraiment des signes pour ceux qui savent."

Coran 30/19-22

Les étapes de la création - des cieux, de la terre et des êtres humains - et la diversité des idiomes et des couleurs sont autant de signes tant de la Présence que de la volonté divines qu'il faut donc respecter. L'interpellation à l'ensemble des êtres humains va dans le même sens :

"ô vous les gens ! Nous vous avons créés d'un homme et d'une femme et Nous avons fait de vous des peuples et des tribus pour que vous vous entreconnaissiez..."

Coran 49/13

Ainsi l'homme, porteur de la foi, doit admettre, à l'instant même où il s'occupe des affaires humaines, les données de l'évolution historique, de la diversité cultuelle et culturelle. Faire face à ses responsabilités de croyant, c'est appréhender l'horizon de cette complexité et, d'emblée, s'activer à chercher, pour son époque et son pays, la meilleure façon d'établir une harmonie entre les principes absolus et la vie quotidienne.

La Sunna du Prophète (sws), seconde source du droit islamique, permet de s'approcher des objectifs de la Révélation. En effet, en analysant ce que Muhammad (sws) a pu dire en telle ou telle circonstance, ou comment il a agi, ou encore ce qu'il a approuvé, nous sommes à même de mieux comprendre le sens et la portée des injonctions divines. De la même façon, les juristes se sont efforcés de dégager à partir des dires, des faits et des décisions de Muhammad (sws), les principes qui devaient permettre aux musulmans de vivre avec leur temps ou leur environnement tout en restant fidèles à son enseignement.

A première vue, la référence constante au Coran et au Prophète (sws) peut apparaître comme un obstacle au changement, comme sa négation manifestée par la volonté de voir appliquée aujourd'hui une législation vieille de quatorze siècles. Ce que nous venons de dire est la démonstration que cette compréhension est bien réductrice et qu'elle ne correspond ni à l'enseignement de Muhammad (sws) ni à l'attitude des ulémas (savants) de la première époque. La détermination des principes généraux est un fait avéré dans les modalités de lectures juridiques du Coran et des traditions et que confirment, s'il en était besoin, l'exigence de "l'effort de réflexion personnelle" (ijtihâd) dans des situations dont ne parlent ni le Coran ni la Sunna.

par abd_el_jalil publié dans : islamblog
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